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E-MOSAIQUE CINE
Couleurs du temps et de la vie
 
Le PCF apporte tout son soutien à Philippe Lioret et souhaite un plein succès à « Welcome »
Aujourd’hui, en 2009, si l’on vient en aide à une personne en situation irrégulière sur le territoire nationale, on est coupable aux yeux de la loi et passible de 5 ans d’emprisonnement (article L622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers).

Philippe Lioret est la cible d’une basse polémique pour avoir rafraîchi la mémoire de l’opinion publique sur cet aspect pour le moins détestable de la loi française.

Il lui est reproché d’avoir fait le parallèle entre le régime de Vichy et les persécutions des hommes et des femmes qui aident les sans-papiers dans la région de Calais. En lançant cette polémique, Eric Besson dépasse les bornes. Non content d’avoir annoncé sa volonté de rendre la zone de Calais « étanche », le Ministre de l’intégration et de l’identité nationale veut désormais la rendre invisible.

Toute la force du film de Philippe Lioret, est justement de pointer l’oeil de la caméra sur une situation réelle, inhumaine et indigne des valeurs de la République française. L’article L622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers est utilisé contre des bénévoles qui viennent en aide à des hommes et des femmes traqués qui survivent dans une précarité insupportable. Cet article est une honte, et l’attitude de Philippe Lioret est tout à son honneur.

Quand l’innommable est gravé dans le marbre de la loi, le combat contre cette disposition inhumaine est juste. L’attitude d’Eric Besson est un aveu de faiblesse. Le PCF apporte donc tout son soutien à Philippe Lioret, et espère que son film « Welcome » aura tout le succès qu’il mérite.

Parti communiste français

Paris, le 11 mars 2009.




 idée cadeaux

Claude-Jean Philippe. « Les lois du commerce ont été subverties par les artistes »

Cinéma . Rencontre avec Claude-Jean Philippe, cinéphile passionné et passionnant, pour la parution de 100 films pour une cinémathèque idéale.

Qui ne connaît Claude-Jean Philippe ? Ceux qui regardaient alors France 2 se souviennent qu’il y présenta le Ciné-club de 1971 à 1996. En 1976, c’est lui qui créa le Cinéma des cinéastes, émission hebdomadaire qui se poursuivit jusqu’en 1984.

Cet ancien élève de l’IDHEC est auteur de quinze livres, qui honorent Simone Signoret, les Marx, Charlot, Cannes, Truffaut, Cocteau ou Renoir parmi d’autres.

 On l’a vu dans plusieurs films, dont l’Amour l’après-midi. Il en a scénarisé trois et signé la réalisation de Cinéastes de notre temps. Rencontre chez lui, entre deux murs de cassettes et de DVD, avec ce grand cinéphile à l’ancienne à l’occasion de la sortie de 100 films pour une cinémathèque idéale, aux éditions Cahiers du cinéma.

Comment est né le projet ?

Claude-Jean Philippe. Voyez ma vidéothèque ! Il est évident que je ne reverrai pas tous ces films. Longtemps je me suis demandé quoi garder. C’était déjà mon critère quand je faisais le Ciné-club : est-ce que je garderais ou non le film que je songeais à montrer ?

D’où la liste. Mais faire la mienne aurait été prétentieux, d’où cette idée d’un jury virtuel. Se limiter à dix films aurait été beaucoup trop frustrant et au-delà de cent on tombait dans l’énumération sans intérêt. Voilà. Paris étant la ville la plus cinéphile du monde, j’ai été voir les responsables du cinéma de la mairie, Régine Hatchondo et Xavier Lardoux, qui m’ont donné leur patronage.

Par ailleurs, j’ai demandé des noms à Gilles Jacob, Serge Toubiana, Jean Douchet, Michel Ciment, Jean-Michel Frodon, Jean Collet… Ils m’en ont donné beaucoup. Après j’ai demandé à ceux-ci s’ils acceptaient de m’envoyer une liste de cent titres sans ordre préférentiel. Ils ont dit oui ou non, ont été ou pas dans les délais.

Finalement, j’ai reçu 78 votes, soit 76 listes, les trois responsables de la cinémathèque de Toulouse ayant souhaité émettre un vote unique.J’avais peur de la dispersion. Le goût en matière de cinéma s’est très relativisé, certains préférant aller voir dans les ruelles que fréquenter les grandes avenues. Il y a des films que je ne connaissais pas, celui d’une cinéaste iranienne des années trente qui a eu une voix, mais il n’y a pas eu pour autant dispersion.

 Des films comme Citizen Kane, la Règle du jeu ou l’Atalante sont très largement majoritaires. On trouve des films plus que des cinéastes. La Nuit du chasseur ou Freaks se sont imposés d’eux-mêmes. Comme chez Nicholas Ray Johnny Guitare ou chez Chaplin Monsieur Verdoux se sont imposés. Certains réalisateurs comme Chaplin ou Ford ont plusieurs films.

Des films récents sont-ils parvenus à entrer dans la liste ?

Claude-Jean Philippe. Il y en a, comme Parle avec elle, de Pedro Almodovar ou Mulholland Drive de David Lynch, mais il faut aussi comprendre que nous manquons de recul sur les récents, d’où un éparpillement des voix sur ces derniers.

Par ailleurs,les monuments ont eu l’avantage sur les films intimes. Il y avait peu de chances que ressortent Judge Priest, pour Ford, ou les Amants du Capricorne, pour Hitchcock. Certains films que j’aurais aimé trouver n’ont pas passé la barre, de peu, comme l’Aventure de madame Muir, de Mankiewicz, Au bord de la mer bleue, de Barnett ou l’Homme à la caméra, de Vertov.

 Dans les absents, à ma grande surprise, John Cassavetes n’y est pas alors qu’il y aurait été il y a quelques années, pas plus que Pagnol, Melville, Pasolini ou Fassbinder. Autre surprise, il n’y a ni Autant en emporte le vent ni Casablanca. Un autre jury et un autre temps auraient fait un autre choix mais, pour l’essentiel, c’est un label de très grande qualité. C’est un peu l’embryon de ce que serait une Pléiade du cinéma.

 On ne peut pas comparer mais l’idéal serait qu’il y en ait une et qu’un nombre d’auteurs y entrent progressivement.Mon idée est que c’est une coupe vive à un moment donné et que c’est à refaire tous les dix ans. Je pense que le cinéma est loin d’être mort contrairement à ce qu’on a pu dire et aux livres qui l’affirment. Il a juste changé. Stephen Frears, d’ailleurs oublié du palmarès, dit qu’il y a eu une période de l’innocence.

On ne fait plus des films comme ceux de Hawks, Ford ou Duvivier parce que le public aussi a perdu son innocence. Même chez Fritz Lang, il y a une sorte de naïveté. Sur M, il parlait très bien du discours sur le tragique moderne hérité des tragiques grecs, mais il disait aussi que c’était un film pour dire aux parents de ne pas laisser leurs enfants sortir seuls.

 Regardez aussi tout ce qu’on a prêté à Hitchcock comme intentions secrètes. Le livre de Truffaut prouve le contraire, qu’il s’agit de la façon de filmer la plus efficace. C’est ainsi qu’il a renié les Amants du Capricorne, alors qu’il est évident qu’il l’a fait pour des raisons très personnelles.

Autre différence, le cinéma classique n’est pas référentiel. Quand Stroheim tourne les Rapaces, il pense au naturalisme, à des choses comme ça mais à rien d’autre. Almodovar, lui, laisse deviner les films qui l’ont marqué. De même avec les Coen, autres absents du palmarès.

Une conclusion ?

Claude-Jean Philippe. Ce pourrait être la richesse incroyable du patrimoine cinématographique mondial. Ce moyen d’expression a été le plus atteint par l’industrie, voire par le pouvoir en Union soviétique.

 Il n’aurait dû donner et n’a donné dans sa grande majorité que des produits industriels et, pourtant, il a inspiré Bresson, Tati ou Dreyer comme un art à part entière. Il a été la seule réponse pour des gens promis à d’autres formes d’art comme Bresson ou Pialat qui étaient peintres, ou la nouvelle vague qui était nourrie de littérature mais fascinée par le cinéma au point de faire des films plutôt que des livres, de la peinture ou du théâtre. Et cela dans le monde entier, voir Mizoguchi au Japon.

Des gens ont mené ce combat, comme Ophuls là où Lola Montes ne devait être qu’un film de plus avec Martine Carol. Les lois du commerce ont été subverties par des artistes, qui se sont avérés avoir raison avec le temps. Playtime n’a trouvé grâce que des années après, comme l’Atalante ou la Règle du jeu.

J’étais au festival de Moscou, en 1969, avec Tati, qui avait dû couper dans son film. Je lui faisais part de mon souci que le négatif n’ait pas été touché et il m’avait répondu : « De toute façon, ne vous en faites pas, ils sont en train de reconstruire mon décor à la Défense. » La postérité travaille en faveur des très grands films maudits.

Entretien réalisé par Jean Roy

Un manuel de bonne conduite

un siècle de cinéma, une portée sociologique énorme.100 films pour une cinémathèque idéale, présentés par Claude-Jean Philippe.Cahiers du cinéma, 224 pages. 30 euros.

Le principe est simple, cent films, les présumés plus beaux de l’histoire du cinéma, à raison de deux pages par film. Ajoutons-y une préface de Claude-Jean Philippe et des appendices, dont un précieux additif comportant la référence vidéo de ceux qui sont disponibles, et le tour est joué. Après, à chacun de lire les notes sur ces oeuvres confiées à une vingtaine de collaborateurs. À chacun aussi de comparer la liste de ces cent titres à celle qu’il aurait établie.

Pourquoi ni Kiarostami ni Glauber Rocha par exemple ?

Mais quels films aurait-on retiré pour faire une place à l’Iranien et au Brésilien ?

Le jeu peut sembler futile mais sa portée sociologique est grande en ce qu’elle reflète l’état de la cinéphilie française. De la cinéphilie établie en tout cas puisque, afin d’interroger des gens qui aient encore une vision historique globale de désormais plus d’un siècle de cinéma, n’ont été retenus que des noms faisant autorité, donc davantage de vétérans que de jeunes pousses.

Du coup, sur les cinquante réalisateurs arrivant en tête, quatre seulement n’appartiennent pas à l’ouest de l’Europe et aux États-Unis, l’obligé Eisenstein et l’incontournable trio japonais Mizoguchi-Kurosawa-Ozu. Le parcours de plusieurs des votants, qu’on connaît personnellement assez pour savoir qu’ils ont vu tout McCarey en boucle mais jamais un film de Miklos Jancso, pourrait aussi être un élément d’explication. Mais bon.

 En l’absence heureuse de toute vérité scientifique dans ce domaine, il reste le plaisir de parcourir la liste. Avec éventuellement la joie secrète d’y repérer un film qui reste encore à découvrir.

Les cent films sont projetés jusqu’au 6 juillet 2009 à raison de deux à trois par semaine au Reflet Médicis,3, rue Champollion, à Paris.

J. R.

Publié par le journal l'Humanité 


EVRY FAIT SON CINEMA

Ambiance de carnaval autour du cinéma ce samedi à Evry.

Plusieurs centaines d’enfants et de parents ont participé à un Carnaval original autour des thèmes cinématographiques. Depuis des mois dans les centres de loisirs, les maisons de quartiers, dans les écoles, tous ont préparé ce carnaval avec un choix de masques, de costumes, de chars, de musiques dont le thème central était le cinéma.

Au hit parade de ces festivités Charlot et les Temps modernes, l’Ile aux pirates, ET, Alice aux pays des merveilles, la guerre des étoiles, Blues Brothers, le cinéma indien et bien d’autres sujets.

Partis de chaque quartier de la ville, tous se sont retrouvés devant la mairie pour un défilé grandiose, gâché par la pluie, mais avec beaucoup de bonheur et de chaleur humaine.

Un lâché de ballons a clôturé ce carnaval exceptionnel qui fera date dans la ville préfecture de l'Essonne.

EN CLIQUANT ICI RETROUVEZ LA VIDEO DE CET EVENEMENT

Photo, texte, et vidéo E-Mosaïque




Miroir . Le cinéaste américain travaille le patchwork pour traiter de la guerre. Son film a obtenu le lion d’argent de la mise en scène à Venise.

Redacted, de Brian De Palma, États-Unis. 1 h 30.

Depuis ses débuts, Brian De Palma a toujours été un révolté. En révolte contre les formes imposées d’abord, refusant les normes de la narration traditionnelle pour en proposer de nouvelles ou, au moins, mettre en crise les anciennes. En révolte contre l’état du monde aussi parfois, tel dans Outrages, en 1989, où il s’intéressait à la guerre du Vietnam, via une jeune villageoise enlevée en représailles à la mort du radio d’une escouade évoluant en terrain conquis. Casualties of War, disait le titre original, aussi flamboyant que le français est terne, manière d’affirmer qu’il ne saurait y avoir de guerre sans son cortège de victimes, pertes vite transformées en statistiques. C’est ce même terrain que laboure Redacted, mot-valise qu’on pourrait transcrire par « réécrit », comprendre « censuré », le générique étant d’ailleurs composé à partir d’une gomme effaçant des passages dans un texte offert à notre regard. Mais, cette fois, c’est l’Irak qui est dans la ligne de mire. De Palma s’est souvenu de ce qu’on n’ose appeler un fait divers, qui fit grand bruit dans la presse progressiste française mais pas autant dans les médias dominants américains. Il s’agit de cette jeune fille encore nubile violée une nuit chez elle par un groupe de soudards en uniforme, qui ne trouvèrent rien de mieux pour dissimuler leur crime que de massacrer dans la foulée toute la famille et de mettre le feu à la maison avant de disparaître.

Brian De Palma a passé sa vie à se demander ce que signifiaient les images et leur rapport à la réalité dont elles rendent compte. Ici, pour atteindre sa cible, pour prouver que le mot « bavure » n’est pas un constat, encore moins une excuse, mais la conséquence inévitable d’une situation donnée, il a choisi d’attaquer par les flancs. L’arme employée est le « found footage », très en vogue actuellement dans le cinéma expérimental qui produit ainsi des « films sans caméra », suite de plans d’archives accolés auquel le montage fait produire un sens autonome. Sinon qu’ici, si certains plans documentaires ont bien été prélevés dans les journaux télévisés d’époque, sur Internet ou ailleurs, d’autres, dont bien évidemment ceux où figurent les comédiens, ont été fabriqués par l’auteur. On citera en particulier tous ceux, à l’amateurisme soigneusement composé, censés provenir de la petite caméra vidéo amateur d’un des bidasses ayant assisté aux événements. C’est par eux qu’on découvre la vulgarité abyssale des copains de chambrée et ce sont eux qui servent le mieux la démonstration de l’auteur. Où trouver du jeune prêt à se faire trouer la peau dans un conflit aussi douteux ? Parmi les déclassés de la société, les brutes à l’encéphalogramme plat, les machistes violeurs en puissance. Comment alors leur faire comprendre que les Irakiens sont des amis que l’on vient soulager d’un tyran mais que, vue la complexité de la société irakienne, certains tournent le dos à la bienfaisante Amérique, à ne pas confondre avec les autres ? Réponse : on ne peut pas, puisque, même une fois leur crime accompli, ces gamins sont incapables de mesurer la portée monstrueuse de leur acte et de faire preuve du minimum de repentir, au moins tactique, qui pourtant pourrait leur servir de circonstance atténuante devant les tribunaux. C’est donc l’engagement armé lui-même qui est vicié dès le départ. La rhétorique est imparable. Ce n’est qu’un exemple d’un propos complexe, qui s’appuie aussi bien sur un documentaire français ultra-léché sur fond de la Sarabande, de Haendel (celle de Barry Lindon), qui permet de voir en action les responsables des « check-points ». Bilan de leur travail : deux mille morts irakiens, dont seulement soixante terroristes avérés.

Jean Roy, l'Humanité




Cinéma . La cinémathèque de Toulouse propose un cycle « France, années soixante-dix ». Patrick Dewaere est emblématique de cette époque d’effervescence.

« Il y a des mecs, ils ont tellement peur de la mort qu’ils finissent par se faire sauter le caisson. » Cette réplique tirée du film de Maurice Dugowson, Lily, aime-moi, prend aujourd’hui une résonance particulière : elle est prononcée par Patrick Dewaere. Il interprétait le personnage d’un boxeur raté, dans ce long métrage de 1974. L’année où le comédien accède à la notoriété. Huit ans plus tard, le 16 juillet 1982, Patrick Dewaere est seul à son domicile parisien. Il s’installe devant un miroir, introduit dans sa bouche le canon d’une carabine 22 long rifle.

Il tire.une existence de saltimbanque

Une expression est souvent employée pour définir Patrick Dewaere : écorché vif. Il est tentant d’écrire qu’il ressemblait aux personnages qu’il incarnait : impulsif et fragile, fantasque et torturé. Catherine Deneuve, qui fut sa partenaire à l’écran, témoigne : « C’était un acteur absolument formidable, mais il était trop près de ses personnages. » Son rôle dans F comme Fairbanks (Maurice Dugowson. 1976) est emblématique, celui d’un jeune chômeur déjanté qui s’identifie à Douglas Fairbanks, héros intrépide des productions hollywoodiennes. La comédie vire peu à peu au drame.

Patrick Dewaere s’appelait en réalité Patrick Bourdeau. Il tient son premier rôle en 1951, à l’âge de quatre ans, dans le film d’Henri Diamant-Berger, Monsieur Fabre. Tout au long de l’enfance et de l’adolescence, il multiplie les apparitions dans des feuilletons télé ou pièces de théâtre. Il porte le pseudo de Patrick Maurin : sa mère est la comédienne Mado Maurin. Ses cinq frères et soeurs sont eux aussi acteurs. À dix-sept ans, il apprend que son père n’est pas son père. Le jeune Patrick n’envisage pas d’autre existence que celle de saltimbanque.

 Il se révèle plus à l’aise sur les planches de théâtre que sur les bancs de l’école - il échoue trois fois au bac. À vingt ans, en conflit avec sa famille, « la bande Maurin », le jeune comédien change de pseudo, devient Patrick Dewaere - une des ses arrière-grands-mères s’appelait Devaere.1968 est, pour Patrick Dewaere aussi, une année importante. Il fait la connaissance de Romain Bouteille et de l’équipe du Café de la Gare, formidable vivier d’acteurs. Sur la scène de ce café-théâtre, où on démolit joyeusement l’ordre bourgeois, il rencontre Miou-Miou, Gérard Depardieu, Coluche… Ces acteurs venus du café-théâtre vont donner un nouveau souffle au cinéma français.

En 1974, Bertrand Blier réunit Miou-Miou, Patrick Dewaere et Gérard Depardieu pour former le trio des Valseuses : ce film - un coup de tonnerre dans le cinéma hexagonal - relate l’équipée de deux zonards rebelles et d’une jeune femme paumée. La distinction et le bon goût bourgeois sont totalement bannis de cette vigoureuse charge menée par Bertrand Blier.

la fin des folles années soixante-dix

Dès lors, Patrick Dewaere devient l’un des acteurs français les plus recherchés. Dans la Meilleure Façon de marcher (1975), de Claude Miller, il campe un moniteur de colonie de vacances, qui devient agressif et tyrannique pour mieux se cacher le trouble produit par l’homosexualité supposée d’un de ses collègues.

En 1979, il interprète un VRP douteux dans Série noire, un film sombre, comme l’indique le titre, d’Alain Corneau. En 1980, il est Un mauvais fils dans cette oeuvre de Claude Sautet. La même année, Patrick Dewaere fait parler de lui pour avoir asséné un violent coup de poing à un journaliste qui avait dévoilé le prochain mariage de l’acteur. Fait rarissime, la plupart des médias vont alors boycotter Patrick Dewaere.André Téchiné fait appel à lui en 1981 pour donner la réplique à Catherine Deneuve dans Hôtel des Amériques : une opposition de styles réussie, au service d’une oeuvre grave.

Ses succès à l’écran, la reconnaissance de ses capacités d’acteur, ne stabilisent pas Patrick Dewaere. Son suicide en 1982, même s’il est lié à sa vie privée, semble signifier que les folles années soixante-dix, et leurs promesses d’un monde meilleur, sont bel et bien terminées.Jusqu’au 28 novembre.

www.lacinemathequedetoulouse.com

ou 05 62 30 30 11.

Bruno Vincens (l'Humanité) 




Armé d’un fil et d’une aiguille, Rick, un jeune chômeur, referme lui-même la plaie longue et profonde qui parcours son genoux : « je n’ai pas les moyens de me payer de véritables soins. » Le plan suivant nous montre Adam, la cinquantaine passée, penché sur la scie électrique qui lui a récemment emporté deux doigts.

Un accident domestique comme il s’en produit souvent. Mais lorsqu’il est arrivé à l’hôpital, ses deux bouts de doigt en poche, on lui a sorti les tarifs : 12 000 dollars pour lui recoller l’annulaire, et 60 000 pour le majeur. Adam n’a pu se payer que l’intervention à 12 000 dollars.

Dans quel pays du Tiers-monde ces images ont-elles été tournées ?

Aux Etats-Unis d’Amérique, la première puissance économique au monde. On a tous entendu dire que le système de santé américain était très inégalitaire. Mais le dernier film de Michael Moore, Sicko, permet de prendre la mesure de la catastrophe. C’est également un puissant plaidoyer contre ce système de santé rongé par des mutuelles privées uniquement préoccupées par leurs marges de profit.Comme Adam et Rick, 50 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie.

On estime que 18 000 d’entre eux en meurent, chaque année. « Mais ce n’est pas le sujet du film », explique Michael Moore. Le sujet du film, c’est l’enfer auquel sont confrontés de très nombreux Américains qui ont une mutuelle, lorsque par malheur ils tombent malades. Car le fait d’avoir souscrit une telle assurance n’est pas une garantie que vos soins seront payés. Les mutuelles privées n’ont tout simplement pas intérêt à vous rembourser : il y va de leurs bénéfices.

Le remboursement d’un soin est une « perte » ; le refus de le rembourser, un « gain » : ainsi s’exprime-t-on, dans les hautes sphères de ces entreprises qui spéculent sur la santé de millions de travailleurs américains.Fidèle à sa méthode, Michael Moore recueille toute une série de témoignages poignants qui se complètent pour former une seule et même dénonciation. Par exemple, une mère explique comment son enfant, victime d’un malaise soudain, est mort parce que sa mutuelle refusait qu’il soit reçu aux urgences les plus proches de son domicile.

Dans le bâtiment des urgences, des médecins étaient là qui auraient pu sauver l’enfant. Mais au téléphone, les ordres de sa mutuelle étaient formels : nous ne payeront pas les soins s’ils sont effectués ici. Dès lors, rien à faire : « circulez ». Ulcérée, la mère protestait, insistait, s’acharnait. Mais rien n’y fit. Le temps de se rendre dans le « bon » hôpital, l’enfant s’était éteint.Sicko rapporte un certain nombre d’histoires dramatiques du même ordre, souvent très émouvantes.

La mort n’est pas la seule option : les plus chanceux s’en sortiront avec d’énormes dettes, ou encore d’insupportables souffrances physiques ou psychiques. Au fur et à mesure que le film relate ces vies brisées sur l’autel du profit, on comprend qu’il ne s’agit pas de « faits divers » ou d’exceptions, mais de tragédies fréquentes, conséquences inévitables d’un véritable système.

Ce système, Moore montre aussi ceux qui en profitent : les grands patrons de l’industrie de la santé et les politiciens à leur solde (dans tous les sens du terme). Les bénéfices records, la corruption, les doubles discours : Moore intercale tout cela, sous formes d’images d’archives, entre les différents témoignages.

 Le contraste est poignant entre, d’un côté, cette caste de millionnaires pétrie de cynisme qui s’arroge le droit de vie ou de mort – et, de l’autre, ces familles dignes, courageuses, mais pauvres, qui racontent leur drame. Au passage, Moore – déjà la bête noire de Bush et des Républicains – discrédite les politiciens démocrates, et notamment Hillary Clinton, dont il dévoile la vénalité et la soumission complète aux intérêts de la classe dirigeante américaine.

Mais les témoignages les plus impressionnants sont peut-être ceux des anciens employés des grandes mutuelles privées, qui ont démissionné pour ne plus se sentir complices. Une ancienne secrétaire raconte, en larmes, qu’elle savait d’un coup d’œil si un dossier de candidature allait être rejeté par ses chefs. Car il faut postuler pour souscrire une assurance privée : celle-ci ne va pas prendre le risque de couvrir quelqu’un dont le passé médical augmente la probabilité qu’il soit malade ! Telle est la complète absurdité de l’affaire.

Mais comme le disait Shakespeare, « il y a de la méthode dans cette folie ». Un médecin aillant quitté l’une de ces entreprises explique que son travail consistait à débusquer des vices de procédure, dans les dossiers des assurés, pour éviter d’avoir à payer leurs soins.

Un autre raconte qu’il était généreusement augmenté chaque fois qu’il parvenait à réduire le nombre de remboursements. Or plus le mal est grave, plus les soins sont chers, et plus les enjeux financiers, pour la compagnie, sont importants.

Ainsi, la course au profit entre en conflit direct avec la santé publique.Une fois ce constat établi, Michael Moore entreprend un périple dans trois pays – le Canada, la Grande-Bretagne et la France – où il discute avec la population, les médecins et les employés des hôpitaux. L’objectif de Moore est de créer un contraste frappant entre les systèmes de santé de ces pays et celui des Etats-Unis. Ce faisant, Moore force le trait. Les travailleurs français, canadiens et britanniques ne partageront pas son enthousiasme pour leurs systèmes de santé respectifs, que leurs classes dirigeantes, d’ailleurs, ne cessent d’attaquer.

Mais Moore ne fait pas dans le détail, pour ainsi dire, et ce jeu de contrastes lui donne une occasion de déployer son excellent humour.

Pour finir, il amène un groupe d’Américains malades à Cuba, où ils se verront accorder gratuitement – comme c’est le cas pour tous les Cubains – les soins de qualité qui leur étaient refusés aux Etats-Unis.Ce film a eu un énorme impact, outre-Atlantique, où il a suscité, chez des milliers de personnes, la volonté de s’organiser et de lutter pour le droit de tout citoyen américain à une véritable assurance maladie. Des réunions publiques ont eu lieu ; des comités de lutte se sont constitués.

C’est un symptôme de la grande fermentation sociale à l’œuvre, dans ce pays.

En France, également, nul doute que le film sera un succès. Il comprend d’ailleurs un avertissement pour la classe ouvrière française. La droite et le MEDEF rêvent de démanteler la sécurité sociale et d’ouvrir davantage le secteur de la santé aux mutuelles privées.

Lors de la présentation de Sicko, à Cannes, Michael Moore nous a prévenus : « ne laissez pas Sarkozy s’inspirer de notre système ». Les jeunes et les travailleurs qui n’en seraient pas encore convaincus ont tout intérêt à aller voir ce film.

Jérôme Métellus, La Riposte




Campagnes .

 Quand le lien social ne tient qu’à une camionnette.

Le Fils de l’épicier,d’Éric Guirado.

France, 1 h 36.

C’est un film à visée documentaire dans lequel la fiction s’immisce aisément dans une trame réaliste. Antoine, jeune homme introverti, vient aider sa mère qui tient une épicerie dans un village du sud de la France.

Le père a été victime d’une attaque, il ne peut plus conduire le camion qui ravitaille les hameaux isolés.Antoine prend le volant et découvre la vie des gens de la campagne. Pour eux, bien souvent loin de tout, l’arrivée journalière de l’épicerie ambulante brise l’isolement et permet à maintes vieilles personnes de rester autonomes le plus longtemps possible.

De son côté, Antoine va s’ouvrir aux autres, mais aussi trouver l’amour en la personne de Claire, une copine de son quartier.Et à deux, ils découvrent les gens du cru. Nombreux sont les villageois, dont certains issus du théâtre amateur, à être dans le film.

 L’effet de vérité est garanti.Éric Guirado avait déjà réalisé il y a quelques années, pour France 3, des portraits intimistes de professions itinérantes comme les boulangers, les photographes ambulants, les mariniers en région Rhône-Alpes et en Auvergne.

Il sait suivre ses personnages, s’effacer, révéler la campagne et donner à voir sans forcer le regard. OEuvre sensible, le Fils de l’épicier mérite vraiment le détour sur les routes de l’été.

Muriel Steinmetz ( L'Humanité)

 

POINT DE VUE

Ce film est un régal. Les acteurs (tous les acteurs) sont remarquables. L'histoire simple est émouvante.

Tous ceux qui connaissent la vie de la vie campagnarde peuvent se retrouver dans les personnages ou la beauté du paysage et surtout dans le réalisme de ce scénario avec une certaine nostalgie et peut être avec un certain bonheur...

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2006-09-10 20:00:14
 
Dernière mise à jour
2009-03-11 19:58:42
 
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