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E-MOSAIQUE CINE
Couleurs du temps et de la vie
 
C’est un film qui vous saisit, vous tient fermement du commencement à la fin. Et vous fait Surprisedterriblement réfléchir ». Costas Gravas, réalisateur du film Z.

Clin d’œil au film et à l’histoire de la ville c’est au cinéma Arcel de Corbeil sauvé grâce à la mobilisation des habitants de la ville et de certains de ses élus comme le conseiller général Bruno Piriou présent pour cet avant première que le film documentaire « les nouveaux chiens de garde » présenté par les amis du Monde Diplomatique, a été présenté pour la première fois au public en France. A l’occasion la salle était archicomble, de nombreux spectateurs étaient invités à revenir à d’autres séances.

Le titre du film « les nouveaux chiens de garde » est tiré de l’ouvrage de Paul Nizan écrit en 1932 qui dénonçait les philosophes qui à l’époque sous couvert de neutralité garantissaient la perpétuation de l’idéologie bourgeoise.

Aujourd’hui, les nouveaux chiens de garde se sont ses journalistes (une poignée mais présents partout), ses économistes de la pensée unique (dont on affichent les titres universitaires mais jamais leurs présences dans les conseils d’administration des grandes entreprises qu’ils servent, comme les chiens servent leurs maitres), les « experts » incapables de prononcer une phrase si quelques mots comme « réforme, austérité, crise… » sont enlevés. Ses chiens de garde sont imbibés dans un monde restreint où personnalités politiques, économiques se retrouvent, vivent ensemble, se congratulent, aboient en saluant et proposant un système économique libéral unique où deux choix sont possibles celui de l’austérité et celui de l’austérité pour les autres, parce pour eux aucune inquiétude pour le lendemain.

Gare à celui qui ne pense pas bien, il est irrémédiablement écarté et interdit d’antenne comme l’est-ce film dont la production et la diffusion ont été refusées par toutes les chaines de Télévision publiques ou privés.

C’est sur fond propre que Jacques Kisner a produit ce film qui est un film salutaire qui pendant une heure et demi vous plonge dans ce monde des médias qui pratique le « lavage de cerveau » à haute dose pour imposer une conception de la société unique où l’argent est roi et la pensée esclave.

Après la projection de ce film saluée par les applaudissements de la salle, un débat passionné animé par Caroline Vié, critique de cinéma et journaliste à 20 Minutes, s’est engagé avec Yannick Kergoat réalisateur du film, Renaud Lambert journaliste au Monde Diplomatique.

L’inquiétude sur la manipulation imposée aujourd’hui aux esprits par la concentration anormale du pouvoir de l’argent et des médias a été soulevé. L’espoir d’une alternative politique qui pourrait légiférer pour éviter ce scandale quotidien a été largement abordé mais sans optimisme excessif.

Les rôle de contre pouvoir de quelques médias a été souligné comme celui du Monde Diplomatique, de l’Humanité, de quelques Blogs. Le rôle d’informateurs des militants politiques, syndicaux, associatifs opposés aux idées libérales a été souligné.

Ce film à bien des égards est salutaire, et représente une bouffée d’oxygène dans ce monde médiatique et politique où le corset de la pensée unique veut être imposé à tous pour l’intérêt exclusif de privilégiés de la fortune propriétaires de 90 % des moyens d’expression et de diffusion existants en France.

Diaz Diego pour E-Mosaïque




Plus de 300 personnes étaient présents au cinéma d’Arts et d’Essais, le Cinoche à Ris Orangis pour assister en sortie national à la projection du film Gaza Strophe Palestine des réalisateurs Khéridine Mabrouk et Salir Abdallah. Ce dernier devait être présent pour débattre comme il est de coutume dans ce type de projection avec les spectateurs à la fin du film.

Ce réalisateur n’a pu malheureusement être présent suite à une interdiction formelle du Président de la communauté d’agglomération d’Evry Centre Manuel Valls d‘être présent et de participer à cette présentation et au débat. La communauté d’agglomération étant gestionnaire de ce cinéma.

Le débat qui a malgré tout suivi cette projection malgré l’interdiction a permis d’éclairer sur les motivations de cette censure.

C’est sur injonction du maire socialiste de Ris Orangis, suite à une exigence du représentant du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France) que l’interdiction de la présence du réalisateur a été notifiée.

Les participants à cette projection se sont déclarés scandalisés par cette décision sans précédent dans ce cinéma, cette ville et ce département. Ils ont considérés que c’était une atteinte à la liberté d’expression gravissime. En acceptant qu’une institution religieuse décide de la qualité d’une production audiovisuelle, de la présence ou non du créateur de cette production c’est l’esprit de la laïcité et de la République qui sont ainsi bafoués.

Pendant le débat plusieurs responsables et élus politiques sont intervenus dans ce sens dont Jacques Picart et Hervé Perard pour les élus Verts, Bruno Piriou et Diego Diaz pour les élus communistes.

Les associations Evry Palestine et Ris Palestine organisatrices de cette séance se sont exprimés également avec virulence dans un communiqué de presse.

LE FILM (comme au cinéma.com)

Grand prix du Jury, catégorie Documentaire, du festival international du film d'histoire de Pessac en 2010

Gaza est sous blocus israélien depuis 2007, et a subi le feu de l'opération Plomb Durci pendant 22 jours. C'est le 20 janvier 2009 que les réalisateurs sont entrés dans Gaza pour filmer, et témoigner des conséquences de cette guerre. Les récits de dizaines de témoins font prendre la mesure du cauchemar palestinien. Au-delà de leurs souffrances, les habitants nous montrent leur espoir.

LA CRITIQUE DE LA PRESSE:

Ce documentaire de guerre salutaire mais dur ne mâche pas ses images, forçant à voir la réalité en face quand l'Occident préfèrerait détourner la tête."
D.F. (article entier disponible dans Le Canard Enchaîné)

"Le film, tout entier dédié à la souffrance des victimes, n'en dit mot, et pas davantage de l'idéologie ni de la politique du Hamas. C'est (avec le jeu de mots de son titre) une chose d'autant plus regrettable que cela n'aurait pas atténué d'un iota les exactions de Tsahal."
Jacques Mandelbaum (article entier disponible dans Monde du 15/03/11)

" L’enfer vu de l’intérieur, ce n’est pas si fréquent. (…) Documentaire exceptionnel, Gaza-strophe a aussi valeur d'avertissement, tant il montre que les Gazaouis n'ont désormais plus rien à perdre. "
Mathilde Blottière (article entier disponible dans Télérama n°3192, page 49-50)

"Passé le stade de l’émotion légitime, on peut prendre un recul tout aussi légitime par rapport au film. Se demander si Abdallah et Mabrouk n’ont pas soigneusement trié leurs témoignages pour coller à une certaine vision, pourquoi le Hamas ou le contexte géopolitique sont si peu évoqués ? (…)Reste un document impressionnant."
Serge Kaganski (article entier disponible dans Les Inrocks n°798, page 74)

Notre avis : Très beau film, où est montré avec beaucoup de pudeur la vie à Gaza, où les habitants survivent dans la misère et le désespoir mais aussi avec une volonté de vivre sur leur terre couverte de tant de sang et de pleurs. Jamais dans ce film ni Israël, ni la religion Juive ne sont mis en causes en tant qu’Etat ou croyance, c’est aussi pour cela que l’attitude du CRIF est incompréhensible.




Coffret « Brune/Blonde » (Étreintes brisées, Mulholland Drive, le Mépris, 
Belle de jour), 4 DVD, Studio Canal, 24,99 euros.

Pour accompagner l’événement de la Cinémathèque française, « Brune/Blonde », une exposition art et cinéma, concoctée par le critique 
et enseignant Alain Bergala, et visible jusqu’au 16 janvier prochain, ce coffret rassemble quatre œuvres de choix, marquées par le talent particulier de cinéastes pour filmer 
les actrices, leur plastique, 
et donc, bien sûr, cette véritable usine à fantasmes que constitue leur chevelure. Marilyn Monroe ou Brigitte Bardot seraient-elles devenues les icônes que l’on sait, affublées d’une autre couleur de cheveux ? À cette question implicite qui sous-tend l’exposition, Alain Bergala répond clairement non. Car l’imaginaire a aussi ses modes. « Aux débuts du cinéma, la séductrice fatale, c’est la brune, explique-t-il. 
Puis, vers la fin des années 1930, les rôles s’inversent : 
les brunes réintègrent l’espace domestique tandis que 
la blonde s’impose. »

Hitchcock fut sans doute le cinéaste qui poussa le plus loin cette obsession capillaire : comment oublier en effet 
le chignon de Kim Novak dans Sueurs froides ou les boucles blondes de Grace Kelly dans 
Le crime était presque parfait ou la Main au collet ? Toutefois, Godard et Bunuel, dans 
les années 1960, Lynch 
ou Almodovar, aujourd’hui, ont aussi montré de belles dispositions dans cet exercice. Brouillant parfois les cartes, 
en utilisant perruques et autres postiches. Un bonheur pas 
du tout tiré par les cheveux !

Article publié par l'Humanité




Le PCF apporte tout son soutien à Philippe Lioret et souhaite un plein succès à « Welcome »
Aujourd’hui, en 2009, si l’on vient en aide à une personne en situation irrégulière sur le territoire nationale, on est coupable aux yeux de la loi et passible de 5 ans d’emprisonnement (article L622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers).

Philippe Lioret est la cible d’une basse polémique pour avoir rafraîchi la mémoire de l’opinion publique sur cet aspect pour le moins détestable de la loi française.

Il lui est reproché d’avoir fait le parallèle entre le régime de Vichy et les persécutions des hommes et des femmes qui aident les sans-papiers dans la région de Calais. En lançant cette polémique, Eric Besson dépasse les bornes. Non content d’avoir annoncé sa volonté de rendre la zone de Calais « étanche », le Ministre de l’intégration et de l’identité nationale veut désormais la rendre invisible.

Toute la force du film de Philippe Lioret, est justement de pointer l’oeil de la caméra sur une situation réelle, inhumaine et indigne des valeurs de la République française. L’article L622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers est utilisé contre des bénévoles qui viennent en aide à des hommes et des femmes traqués qui survivent dans une précarité insupportable. Cet article est une honte, et l’attitude de Philippe Lioret est tout à son honneur.

Quand l’innommable est gravé dans le marbre de la loi, le combat contre cette disposition inhumaine est juste. L’attitude d’Eric Besson est un aveu de faiblesse. Le PCF apporte donc tout son soutien à Philippe Lioret, et espère que son film « Welcome » aura tout le succès qu’il mérite.

Parti communiste français

Paris, le 11 mars 2009.




 idée cadeaux

Claude-Jean Philippe. « Les lois du commerce ont été subverties par les artistes »

Cinéma . Rencontre avec Claude-Jean Philippe, cinéphile passionné et passionnant, pour la parution de 100 films pour une cinémathèque idéale.

Qui ne connaît Claude-Jean Philippe ? Ceux qui regardaient alors France 2 se souviennent qu’il y présenta le Ciné-club de 1971 à 1996. En 1976, c’est lui qui créa le Cinéma des cinéastes, émission hebdomadaire qui se poursuivit jusqu’en 1984.

Cet ancien élève de l’IDHEC est auteur de quinze livres, qui honorent Simone Signoret, les Marx, Charlot, Cannes, Truffaut, Cocteau ou Renoir parmi d’autres.

 On l’a vu dans plusieurs films, dont l’Amour l’après-midi. Il en a scénarisé trois et signé la réalisation de Cinéastes de notre temps. Rencontre chez lui, entre deux murs de cassettes et de DVD, avec ce grand cinéphile à l’ancienne à l’occasion de la sortie de 100 films pour une cinémathèque idéale, aux éditions Cahiers du cinéma.

Comment est né le projet ?

Claude-Jean Philippe. Voyez ma vidéothèque ! Il est évident que je ne reverrai pas tous ces films. Longtemps je me suis demandé quoi garder. C’était déjà mon critère quand je faisais le Ciné-club : est-ce que je garderais ou non le film que je songeais à montrer ?

D’où la liste. Mais faire la mienne aurait été prétentieux, d’où cette idée d’un jury virtuel. Se limiter à dix films aurait été beaucoup trop frustrant et au-delà de cent on tombait dans l’énumération sans intérêt. Voilà. Paris étant la ville la plus cinéphile du monde, j’ai été voir les responsables du cinéma de la mairie, Régine Hatchondo et Xavier Lardoux, qui m’ont donné leur patronage.

Par ailleurs, j’ai demandé des noms à Gilles Jacob, Serge Toubiana, Jean Douchet, Michel Ciment, Jean-Michel Frodon, Jean Collet… Ils m’en ont donné beaucoup. Après j’ai demandé à ceux-ci s’ils acceptaient de m’envoyer une liste de cent titres sans ordre préférentiel. Ils ont dit oui ou non, ont été ou pas dans les délais.

Finalement, j’ai reçu 78 votes, soit 76 listes, les trois responsables de la cinémathèque de Toulouse ayant souhaité émettre un vote unique.J’avais peur de la dispersion. Le goût en matière de cinéma s’est très relativisé, certains préférant aller voir dans les ruelles que fréquenter les grandes avenues. Il y a des films que je ne connaissais pas, celui d’une cinéaste iranienne des années trente qui a eu une voix, mais il n’y a pas eu pour autant dispersion.

 Des films comme Citizen Kane, la Règle du jeu ou l’Atalante sont très largement majoritaires. On trouve des films plus que des cinéastes. La Nuit du chasseur ou Freaks se sont imposés d’eux-mêmes. Comme chez Nicholas Ray Johnny Guitare ou chez Chaplin Monsieur Verdoux se sont imposés. Certains réalisateurs comme Chaplin ou Ford ont plusieurs films.

Des films récents sont-ils parvenus à entrer dans la liste ?

Claude-Jean Philippe. Il y en a, comme Parle avec elle, de Pedro Almodovar ou Mulholland Drive de David Lynch, mais il faut aussi comprendre que nous manquons de recul sur les récents, d’où un éparpillement des voix sur ces derniers.

Par ailleurs,les monuments ont eu l’avantage sur les films intimes. Il y avait peu de chances que ressortent Judge Priest, pour Ford, ou les Amants du Capricorne, pour Hitchcock. Certains films que j’aurais aimé trouver n’ont pas passé la barre, de peu, comme l’Aventure de madame Muir, de Mankiewicz, Au bord de la mer bleue, de Barnett ou l’Homme à la caméra, de Vertov.

 Dans les absents, à ma grande surprise, John Cassavetes n’y est pas alors qu’il y aurait été il y a quelques années, pas plus que Pagnol, Melville, Pasolini ou Fassbinder. Autre surprise, il n’y a ni Autant en emporte le vent ni Casablanca. Un autre jury et un autre temps auraient fait un autre choix mais, pour l’essentiel, c’est un label de très grande qualité. C’est un peu l’embryon de ce que serait une Pléiade du cinéma.

 On ne peut pas comparer mais l’idéal serait qu’il y en ait une et qu’un nombre d’auteurs y entrent progressivement.Mon idée est que c’est une coupe vive à un moment donné et que c’est à refaire tous les dix ans. Je pense que le cinéma est loin d’être mort contrairement à ce qu’on a pu dire et aux livres qui l’affirment. Il a juste changé. Stephen Frears, d’ailleurs oublié du palmarès, dit qu’il y a eu une période de l’innocence.

On ne fait plus des films comme ceux de Hawks, Ford ou Duvivier parce que le public aussi a perdu son innocence. Même chez Fritz Lang, il y a une sorte de naïveté. Sur M, il parlait très bien du discours sur le tragique moderne hérité des tragiques grecs, mais il disait aussi que c’était un film pour dire aux parents de ne pas laisser leurs enfants sortir seuls.

 Regardez aussi tout ce qu’on a prêté à Hitchcock comme intentions secrètes. Le livre de Truffaut prouve le contraire, qu’il s’agit de la façon de filmer la plus efficace. C’est ainsi qu’il a renié les Amants du Capricorne, alors qu’il est évident qu’il l’a fait pour des raisons très personnelles.

Autre différence, le cinéma classique n’est pas référentiel. Quand Stroheim tourne les Rapaces, il pense au naturalisme, à des choses comme ça mais à rien d’autre. Almodovar, lui, laisse deviner les films qui l’ont marqué. De même avec les Coen, autres absents du palmarès.

Une conclusion ?

Claude-Jean Philippe. Ce pourrait être la richesse incroyable du patrimoine cinématographique mondial. Ce moyen d’expression a été le plus atteint par l’industrie, voire par le pouvoir en Union soviétique.

 Il n’aurait dû donner et n’a donné dans sa grande majorité que des produits industriels et, pourtant, il a inspiré Bresson, Tati ou Dreyer comme un art à part entière. Il a été la seule réponse pour des gens promis à d’autres formes d’art comme Bresson ou Pialat qui étaient peintres, ou la nouvelle vague qui était nourrie de littérature mais fascinée par le cinéma au point de faire des films plutôt que des livres, de la peinture ou du théâtre. Et cela dans le monde entier, voir Mizoguchi au Japon.

Des gens ont mené ce combat, comme Ophuls là où Lola Montes ne devait être qu’un film de plus avec Martine Carol. Les lois du commerce ont été subverties par des artistes, qui se sont avérés avoir raison avec le temps. Playtime n’a trouvé grâce que des années après, comme l’Atalante ou la Règle du jeu.

J’étais au festival de Moscou, en 1969, avec Tati, qui avait dû couper dans son film. Je lui faisais part de mon souci que le négatif n’ait pas été touché et il m’avait répondu : « De toute façon, ne vous en faites pas, ils sont en train de reconstruire mon décor à la Défense. » La postérité travaille en faveur des très grands films maudits.

Entretien réalisé par Jean Roy

Un manuel de bonne conduite

un siècle de cinéma, une portée sociologique énorme.100 films pour une cinémathèque idéale, présentés par Claude-Jean Philippe.Cahiers du cinéma, 224 pages. 30 euros.

Le principe est simple, cent films, les présumés plus beaux de l’histoire du cinéma, à raison de deux pages par film. Ajoutons-y une préface de Claude-Jean Philippe et des appendices, dont un précieux additif comportant la référence vidéo de ceux qui sont disponibles, et le tour est joué. Après, à chacun de lire les notes sur ces oeuvres confiées à une vingtaine de collaborateurs. À chacun aussi de comparer la liste de ces cent titres à celle qu’il aurait établie.

Pourquoi ni Kiarostami ni Glauber Rocha par exemple ?

Mais quels films aurait-on retiré pour faire une place à l’Iranien et au Brésilien ?

Le jeu peut sembler futile mais sa portée sociologique est grande en ce qu’elle reflète l’état de la cinéphilie française. De la cinéphilie établie en tout cas puisque, afin d’interroger des gens qui aient encore une vision historique globale de désormais plus d’un siècle de cinéma, n’ont été retenus que des noms faisant autorité, donc davantage de vétérans que de jeunes pousses.

Du coup, sur les cinquante réalisateurs arrivant en tête, quatre seulement n’appartiennent pas à l’ouest de l’Europe et aux États-Unis, l’obligé Eisenstein et l’incontournable trio japonais Mizoguchi-Kurosawa-Ozu. Le parcours de plusieurs des votants, qu’on connaît personnellement assez pour savoir qu’ils ont vu tout McCarey en boucle mais jamais un film de Miklos Jancso, pourrait aussi être un élément d’explication. Mais bon.

 En l’absence heureuse de toute vérité scientifique dans ce domaine, il reste le plaisir de parcourir la liste. Avec éventuellement la joie secrète d’y repérer un film qui reste encore à découvrir.

Les cent films sont projetés jusqu’au 6 juillet 2009 à raison de deux à trois par semaine au Reflet Médicis,3, rue Champollion, à Paris.

J. R.

Publié par le journal l'Humanité 


EVRY FAIT SON CINEMA

Ambiance de carnaval autour du cinéma ce samedi à Evry.

Plusieurs centaines d’enfants et de parents ont participé à un Carnaval original autour des thèmes cinématographiques. Depuis des mois dans les centres de loisirs, les maisons de quartiers, dans les écoles, tous ont préparé ce carnaval avec un choix de masques, de costumes, de chars, de musiques dont le thème central était le cinéma.

Au hit parade de ces festivités Charlot et les Temps modernes, l’Ile aux pirates, ET, Alice aux pays des merveilles, la guerre des étoiles, Blues Brothers, le cinéma indien et bien d’autres sujets.

Partis de chaque quartier de la ville, tous se sont retrouvés devant la mairie pour un défilé grandiose, gâché par la pluie, mais avec beaucoup de bonheur et de chaleur humaine.

Un lâché de ballons a clôturé ce carnaval exceptionnel qui fera date dans la ville préfecture de l'Essonne.

EN CLIQUANT ICI RETROUVEZ LA VIDEO DE CET EVENEMENT

Photo, texte, et vidéo E-Mosaïque




Miroir . Le cinéaste américain travaille le patchwork pour traiter de la guerre. Son film a obtenu le lion d’argent de la mise en scène à Venise.

Redacted, de Brian De Palma, États-Unis. 1 h 30.

Depuis ses débuts, Brian De Palma a toujours été un révolté. En révolte contre les formes imposées d’abord, refusant les normes de la narration traditionnelle pour en proposer de nouvelles ou, au moins, mettre en crise les anciennes. En révolte contre l’état du monde aussi parfois, tel dans Outrages, en 1989, où il s’intéressait à la guerre du Vietnam, via une jeune villageoise enlevée en représailles à la mort du radio d’une escouade évoluant en terrain conquis. Casualties of War, disait le titre original, aussi flamboyant que le français est terne, manière d’affirmer qu’il ne saurait y avoir de guerre sans son cortège de victimes, pertes vite transformées en statistiques. C’est ce même terrain que laboure Redacted, mot-valise qu’on pourrait transcrire par « réécrit », comprendre « censuré », le générique étant d’ailleurs composé à partir d’une gomme effaçant des passages dans un texte offert à notre regard. Mais, cette fois, c’est l’Irak qui est dans la ligne de mire. De Palma s’est souvenu de ce qu’on n’ose appeler un fait divers, qui fit grand bruit dans la presse progressiste française mais pas autant dans les médias dominants américains. Il s’agit de cette jeune fille encore nubile violée une nuit chez elle par un groupe de soudards en uniforme, qui ne trouvèrent rien de mieux pour dissimuler leur crime que de massacrer dans la foulée toute la famille et de mettre le feu à la maison avant de disparaître.

Brian De Palma a passé sa vie à se demander ce que signifiaient les images et leur rapport à la réalité dont elles rendent compte. Ici, pour atteindre sa cible, pour prouver que le mot « bavure » n’est pas un constat, encore moins une excuse, mais la conséquence inévitable d’une situation donnée, il a choisi d’attaquer par les flancs. L’arme employée est le « found footage », très en vogue actuellement dans le cinéma expérimental qui produit ainsi des « films sans caméra », suite de plans d’archives accolés auquel le montage fait produire un sens autonome. Sinon qu’ici, si certains plans documentaires ont bien été prélevés dans les journaux télévisés d’époque, sur Internet ou ailleurs, d’autres, dont bien évidemment ceux où figurent les comédiens, ont été fabriqués par l’auteur. On citera en particulier tous ceux, à l’amateurisme soigneusement composé, censés provenir de la petite caméra vidéo amateur d’un des bidasses ayant assisté aux événements. C’est par eux qu’on découvre la vulgarité abyssale des copains de chambrée et ce sont eux qui servent le mieux la démonstration de l’auteur. Où trouver du jeune prêt à se faire trouer la peau dans un conflit aussi douteux ? Parmi les déclassés de la société, les brutes à l’encéphalogramme plat, les machistes violeurs en puissance. Comment alors leur faire comprendre que les Irakiens sont des amis que l’on vient soulager d’un tyran mais que, vue la complexité de la société irakienne, certains tournent le dos à la bienfaisante Amérique, à ne pas confondre avec les autres ? Réponse : on ne peut pas, puisque, même une fois leur crime accompli, ces gamins sont incapables de mesurer la portée monstrueuse de leur acte et de faire preuve du minimum de repentir, au moins tactique, qui pourtant pourrait leur servir de circonstance atténuante devant les tribunaux. C’est donc l’engagement armé lui-même qui est vicié dès le départ. La rhétorique est imparable. Ce n’est qu’un exemple d’un propos complexe, qui s’appuie aussi bien sur un documentaire français ultra-léché sur fond de la Sarabande, de Haendel (celle de Barry Lindon), qui permet de voir en action les responsables des « check-points ». Bilan de leur travail : deux mille morts irakiens, dont seulement soixante terroristes avérés.

Jean Roy, l'Humanité




 
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