EVRY FAIT SON CINEMA
Ambiance de carnaval autour du cinéma ce samedi à Evry.
Plusieurs centaines d’enfants et de parents ont participé à un Carnaval original autour des thèmes cinématographiques. Depuis des mois dans les centres de loisirs, les maisons de quartiers, dans les écoles, tous ont préparé ce carnaval avec un choix de masques, de costumes, de chars, de musiques dont le thème central était le cinéma.
Au hit parade de ces festivités Charlot et les Temps modernes, l’Ile aux pirates, ET, Alice aux pays des merveilles, la guerre des étoiles, Blues Brothers, le cinéma indien et bien d’autres sujets.
Partis de chaque quartier de la ville, tous se sont retrouvés devant la mairie pour un défilé grandiose, gâché par la pluie, mais avec beaucoup de bonheur et de chaleur humaine.
Un lâché de ballons a clôturé ce carnaval exceptionnel qui fera date dans la ville préfecture de l'Essonne.
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Photo, texte, et vidéo E-Mosaïque
Miroir . Le cinéaste américain travaille le patchwork pour traiter de la guerre. Son film a obtenu le lion d’argent de la mise en scène à Venise.
Redacted, de Brian De Palma, États-Unis. 1 h 30.
Depuis ses débuts, Brian De Palma a toujours été un révolté. En révolte contre les formes imposées d’abord, refusant les normes de la narration traditionnelle pour en proposer de nouvelles ou, au moins, mettre en crise les anciennes. En révolte contre l’état du monde aussi parfois, tel dans Outrages, en 1989, où il s’intéressait à la guerre du Vietnam, via une jeune villageoise enlevée en représailles à la mort du radio d’une escouade évoluant en terrain conquis. Casualties of War, disait le titre original, aussi flamboyant que le français est terne, manière d’affirmer qu’il ne saurait y avoir de guerre sans son cortège de victimes, pertes vite transformées en statistiques. C’est ce même terrain que laboure Redacted, mot-valise qu’on pourrait transcrire par « réécrit », comprendre « censuré », le générique étant d’ailleurs composé à partir d’une gomme effaçant des passages dans un texte offert à notre regard. Mais, cette fois, c’est l’Irak qui est dans la ligne de mire. De Palma s’est souvenu de ce qu’on n’ose appeler un fait divers, qui fit grand bruit dans la presse progressiste française mais pas autant dans les médias dominants américains. Il s’agit de cette jeune fille encore nubile violée une nuit chez elle par un groupe de soudards en uniforme, qui ne trouvèrent rien de mieux pour dissimuler leur crime que de massacrer dans la foulée toute la famille et de mettre le feu à la maison avant de disparaître.
Brian De Palma a passé sa vie à se demander ce que signifiaient les images et leur rapport à la réalité dont elles rendent compte. Ici, pour atteindre sa cible, pour prouver que le mot « bavure » n’est pas un constat, encore moins une excuse, mais la conséquence inévitable d’une situation donnée, il a choisi d’attaquer par les flancs. L’arme employée est le « found footage », très en vogue actuellement dans le cinéma expérimental qui produit ainsi des « films sans caméra », suite de plans d’archives accolés auquel le montage fait produire un sens autonome. Sinon qu’ici, si certains plans documentaires ont bien été prélevés dans les journaux télévisés d’époque, sur Internet ou ailleurs, d’autres, dont bien évidemment ceux où figurent les comédiens, ont été fabriqués par l’auteur. On citera en particulier tous ceux, à l’amateurisme soigneusement composé, censés provenir de la petite caméra vidéo amateur d’un des bidasses ayant assisté aux événements. C’est par eux qu’on découvre la vulgarité abyssale des copains de chambrée et ce sont eux qui servent le mieux la démonstration de l’auteur. Où trouver du jeune prêt à se faire trouer la peau dans un conflit aussi douteux ? Parmi les déclassés de la société, les brutes à l’encéphalogramme plat, les machistes violeurs en puissance. Comment alors leur faire comprendre que les Irakiens sont des amis que l’on vient soulager d’un tyran mais que, vue la complexité de la société irakienne, certains tournent le dos à la bienfaisante Amérique, à ne pas confondre avec les autres ? Réponse : on ne peut pas, puisque, même une fois leur crime accompli, ces gamins sont incapables de mesurer la portée monstrueuse de leur acte et de faire preuve du minimum de repentir, au moins tactique, qui pourtant pourrait leur servir de circonstance atténuante devant les tribunaux. C’est donc l’engagement armé lui-même qui est vicié dès le départ. La rhétorique est imparable. Ce n’est qu’un exemple d’un propos complexe, qui s’appuie aussi bien sur un documentaire français ultra-léché sur fond de la Sarabande, de Haendel (celle de Barry Lindon), qui permet de voir en action les responsables des « check-points ». Bilan de leur travail : deux mille morts irakiens, dont seulement soixante terroristes avérés.
Jean Roy, l'Humanité
Cinéma . La cinémathèque de Toulouse propose un cycle « France, années soixante-dix ». Patrick Dewaere est emblématique de cette époque d’effervescence.
« Il y a des mecs, ils ont tellement peur de la mort qu’ils finissent par se faire sauter le caisson. » Cette réplique tirée du film de Maurice Dugowson, Lily, aime-moi, prend aujourd’hui une résonance particulière : elle est prononcée par Patrick Dewaere. Il interprétait le personnage d’un boxeur raté, dans ce long métrage de 1974. L’année où le comédien accède à la notoriété. Huit ans plus tard, le 16 juillet 1982, Patrick Dewaere est seul à son domicile parisien. Il s’installe devant un miroir, introduit dans sa bouche le canon d’une carabine 22 long rifle.
Il tire.une existence de saltimbanque
Une expression est souvent employée pour définir Patrick Dewaere : écorché vif. Il est tentant d’écrire qu’il ressemblait aux personnages qu’il incarnait : impulsif et fragile, fantasque et torturé. Catherine Deneuve, qui fut sa partenaire à l’écran, témoigne : « C’était un acteur absolument formidable, mais il était trop près de ses personnages. » Son rôle dans F comme Fairbanks (Maurice Dugowson. 1976) est emblématique, celui d’un jeune chômeur déjanté qui s’identifie à Douglas Fairbanks, héros intrépide des productions hollywoodiennes. La comédie vire peu à peu au drame.
Patrick Dewaere s’appelait en réalité Patrick Bourdeau. Il tient son premier rôle en 1951, à l’âge de quatre ans, dans le film d’Henri Diamant-Berger, Monsieur Fabre. Tout au long de l’enfance et de l’adolescence, il multiplie les apparitions dans des feuilletons télé ou pièces de théâtre. Il porte le pseudo de Patrick Maurin : sa mère est la comédienne Mado Maurin. Ses cinq frères et soeurs sont eux aussi acteurs. À dix-sept ans, il apprend que son père n’est pas son père. Le jeune Patrick n’envisage pas d’autre existence que celle de saltimbanque.
Il se révèle plus à l’aise sur les planches de théâtre que sur les bancs de l’école - il échoue trois fois au bac. À vingt ans, en conflit avec sa famille, « la bande Maurin », le jeune comédien change de pseudo, devient Patrick Dewaere - une des ses arrière-grands-mères s’appelait Devaere.1968 est, pour Patrick Dewaere aussi, une année importante. Il fait la connaissance de Romain Bouteille et de l’équipe du Café de la Gare, formidable vivier d’acteurs. Sur la scène de ce café-théâtre, où on démolit joyeusement l’ordre bourgeois, il rencontre Miou-Miou, Gérard Depardieu, Coluche… Ces acteurs venus du café-théâtre vont donner un nouveau souffle au cinéma français.
En 1974, Bertrand Blier réunit Miou-Miou, Patrick Dewaere et Gérard Depardieu pour former le trio des Valseuses : ce film - un coup de tonnerre dans le cinéma hexagonal - relate l’équipée de deux zonards rebelles et d’une jeune femme paumée. La distinction et le bon goût bourgeois sont totalement bannis de cette vigoureuse charge menée par Bertrand Blier.
la fin des folles années soixante-dix
Dès lors, Patrick Dewaere devient l’un des acteurs français les plus recherchés. Dans la Meilleure Façon de marcher (1975), de Claude Miller, il campe un moniteur de colonie de vacances, qui devient agressif et tyrannique pour mieux se cacher le trouble produit par l’homosexualité supposée d’un de ses collègues.
En 1979, il interprète un VRP douteux dans Série noire, un film sombre, comme l’indique le titre, d’Alain Corneau. En 1980, il est Un mauvais fils dans cette oeuvre de Claude Sautet. La même année, Patrick Dewaere fait parler de lui pour avoir asséné un violent coup de poing à un journaliste qui avait dévoilé le prochain mariage de l’acteur. Fait rarissime, la plupart des médias vont alors boycotter Patrick Dewaere.André Téchiné fait appel à lui en 1981 pour donner la réplique à Catherine Deneuve dans Hôtel des Amériques : une opposition de styles réussie, au service d’une oeuvre grave.
Ses succès à l’écran, la reconnaissance de ses capacités d’acteur, ne stabilisent pas Patrick Dewaere. Son suicide en 1982, même s’il est lié à sa vie privée, semble signifier que les folles années soixante-dix, et leurs promesses d’un monde meilleur, sont bel et bien terminées.Jusqu’au 28 novembre.
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ou 05 62 30 30 11.
Bruno Vincens (l'Humanité)
Armé d’un fil et d’une aiguille, Rick, un jeune chômeur, referme lui-même la plaie longue et profonde qui parcours son genoux : « je n’ai pas les moyens de me payer de véritables soins. » Le plan suivant nous montre Adam, la cinquantaine passée, penché sur la scie électrique qui lui a récemment emporté deux doigts.
Un accident domestique comme il s’en produit souvent. Mais lorsqu’il est arrivé à l’hôpital, ses deux bouts de doigt en poche, on lui a sorti les tarifs : 12 000 dollars pour lui recoller l’annulaire, et 60 000 pour le majeur. Adam n’a pu se payer que l’intervention à 12 000 dollars.
Dans quel pays du Tiers-monde ces images ont-elles été tournées ?
Aux Etats-Unis d’Amérique, la première puissance économique au monde. On a tous entendu dire que le système de santé américain était très inégalitaire. Mais le dernier film de Michael Moore, Sicko, permet de prendre la mesure de la catastrophe. C’est également un puissant plaidoyer contre ce système de santé rongé par des mutuelles privées uniquement préoccupées par leurs marges de profit.Comme Adam et Rick, 50 millions d’Américains n’ont pas d’assurance maladie.
On estime que 18 000 d’entre eux en meurent, chaque année. « Mais ce n’est pas le sujet du film », explique Michael Moore. Le sujet du film, c’est l’enfer auquel sont confrontés de très nombreux Américains qui ont une mutuelle, lorsque par malheur ils tombent malades. Car le fait d’avoir souscrit une telle assurance n’est pas une garantie que vos soins seront payés. Les mutuelles privées n’ont tout simplement pas intérêt à vous rembourser : il y va de leurs bénéfices.
Le remboursement d’un soin est une « perte » ; le refus de le rembourser, un « gain » : ainsi s’exprime-t-on, dans les hautes sphères de ces entreprises qui spéculent sur la santé de millions de travailleurs américains.Fidèle à sa méthode, Michael Moore recueille toute une série de témoignages poignants qui se complètent pour former une seule et même dénonciation. Par exemple, une mère explique comment son enfant, victime d’un malaise soudain, est mort parce que sa mutuelle refusait qu’il soit reçu aux urgences les plus proches de son domicile.
Dans le bâtiment des urgences, des médecins étaient là qui auraient pu sauver l’enfant. Mais au téléphone, les ordres de sa mutuelle étaient formels : nous ne payeront pas les soins s’ils sont effectués ici. Dès lors, rien à faire : « circulez ». Ulcérée, la mère protestait, insistait, s’acharnait. Mais rien n’y fit. Le temps de se rendre dans le « bon » hôpital, l’enfant s’était éteint.Sicko rapporte un certain nombre d’histoires dramatiques du même ordre, souvent très émouvantes.
La mort n’est pas la seule option : les plus chanceux s’en sortiront avec d’énormes dettes, ou encore d’insupportables souffrances physiques ou psychiques. Au fur et à mesure que le film relate ces vies brisées sur l’autel du profit, on comprend qu’il ne s’agit pas de « faits divers » ou d’exceptions, mais de tragédies fréquentes, conséquences inévitables d’un véritable système.
Ce système, Moore montre aussi ceux qui en profitent : les grands patrons de l’industrie de la santé et les politiciens à leur solde (dans tous les sens du terme). Les bénéfices records, la corruption, les doubles discours : Moore intercale tout cela, sous formes d’images d’archives, entre les différents témoignages.
Le contraste est poignant entre, d’un côté, cette caste de millionnaires pétrie de cynisme qui s’arroge le droit de vie ou de mort – et, de l’autre, ces familles dignes, courageuses, mais pauvres, qui racontent leur drame. Au passage, Moore – déjà la bête noire de Bush et des Républicains – discrédite les politiciens démocrates, et notamment Hillary Clinton, dont il dévoile la vénalité et la soumission complète aux intérêts de la classe dirigeante américaine.
Mais les témoignages les plus impressionnants sont peut-être ceux des anciens employés des grandes mutuelles privées, qui ont démissionné pour ne plus se sentir complices. Une ancienne secrétaire raconte, en larmes, qu’elle savait d’un coup d’œil si un dossier de candidature allait être rejeté par ses chefs. Car il faut postuler pour souscrire une assurance privée : celle-ci ne va pas prendre le risque de couvrir quelqu’un dont le passé médical augmente la probabilité qu’il soit malade ! Telle est la complète absurdité de l’affaire.
Mais comme le disait Shakespeare, « il y a de la méthode dans cette folie ». Un médecin aillant quitté l’une de ces entreprises explique que son travail consistait à débusquer des vices de procédure, dans les dossiers des assurés, pour éviter d’avoir à payer leurs soins.
Un autre raconte qu’il était généreusement augmenté chaque fois qu’il parvenait à réduire le nombre de remboursements. Or plus le mal est grave, plus les soins sont chers, et plus les enjeux financiers, pour la compagnie, sont importants.
Ainsi, la course au profit entre en conflit direct avec la santé publique.Une fois ce constat établi, Michael Moore entreprend un périple dans trois pays – le Canada, la Grande-Bretagne et la France – où il discute avec la population, les médecins et les employés des hôpitaux. L’objectif de Moore est de créer un contraste frappant entre les systèmes de santé de ces pays et celui des Etats-Unis. Ce faisant, Moore force le trait. Les travailleurs français, canadiens et britanniques ne partageront pas son enthousiasme pour leurs systèmes de santé respectifs, que leurs classes dirigeantes, d’ailleurs, ne cessent d’attaquer.
Mais Moore ne fait pas dans le détail, pour ainsi dire, et ce jeu de contrastes lui donne une occasion de déployer son excellent humour.
Pour finir, il amène un groupe d’Américains malades à Cuba, où ils se verront accorder gratuitement – comme c’est le cas pour tous les Cubains – les soins de qualité qui leur étaient refusés aux Etats-Unis.Ce film a eu un énorme impact, outre-Atlantique, où il a suscité, chez des milliers de personnes, la volonté de s’organiser et de lutter pour le droit de tout citoyen américain à une véritable assurance maladie. Des réunions publiques ont eu lieu ; des comités de lutte se sont constitués.
C’est un symptôme de la grande fermentation sociale à l’œuvre, dans ce pays.
En France, également, nul doute que le film sera un succès. Il comprend d’ailleurs un avertissement pour la classe ouvrière française. La droite et le MEDEF rêvent de démanteler la sécurité sociale et d’ouvrir davantage le secteur de la santé aux mutuelles privées.
Lors de la présentation de Sicko, à Cannes, Michael Moore nous a prévenus : « ne laissez pas Sarkozy s’inspirer de notre système ». Les jeunes et les travailleurs qui n’en seraient pas encore convaincus ont tout intérêt à aller voir ce film.
Jérôme Métellus, La Riposte
Campagnes .
Quand le lien social ne tient qu’à une camionnette.
Le Fils de l’épicier,d’Éric Guirado.
France, 1 h 36.
C’est un film à visée documentaire dans lequel la fiction s’immisce aisément dans une trame réaliste. Antoine, jeune homme introverti, vient aider sa mère qui tient une épicerie dans un village du sud de la France.
Le père a été victime d’une attaque, il ne peut plus conduire le camion qui ravitaille les hameaux isolés.Antoine prend le volant et découvre la vie des gens de la campagne. Pour eux, bien souvent loin de tout, l’arrivée journalière de l’épicerie ambulante brise l’isolement et permet à maintes vieilles personnes de rester autonomes le plus longtemps possible.
De son côté, Antoine va s’ouvrir aux autres, mais aussi trouver l’amour en la personne de Claire, une copine de son quartier.Et à deux, ils découvrent les gens du cru. Nombreux sont les villageois, dont certains issus du théâtre amateur, à être dans le film.
L’effet de vérité est garanti.Éric Guirado avait déjà réalisé il y a quelques années, pour France 3, des portraits intimistes de professions itinérantes comme les boulangers, les photographes ambulants, les mariniers en région Rhône-Alpes et en Auvergne.
Il sait suivre ses personnages, s’effacer, révéler la campagne et donner à voir sans forcer le regard. OEuvre sensible, le Fils de l’épicier mérite vraiment le détour sur les routes de l’été.
Muriel Steinmetz ( L'Humanité)
POINT DE VUE
Ce film est un régal. Les acteurs (tous les acteurs) sont remarquables. L'histoire simple est émouvante.
Tous ceux qui connaissent la vie de la vie campagnarde peuvent se retrouver dans les personnages ou la beauté du paysage et surtout dans le réalisme de ce scénario avec une certaine nostalgie et peut être avec un certain bonheur...
E-Mosaïque
Cinéma . Dans la Fille coupée en deux, le grand moraliste balzacien prouve une fois encore que la lutte des classes passe aussi dans les corps assemblés.
La Fille coupée en deux de Claude Chabrol. Français, 1 h 55.
C’est une variation sur l’innocence pervertie. Gabrielle Deneige (Ludivine Sagnier) est présentatrice météo sur une chaîne régionale lyonnaise. Belle, jeune, crédule, passionnée, elle plaît à tous par son rayonnement naturel. Charles Saint-Denis (François Berléand), romancier à la mode, libertin confirmé, vient présenter son dernier bouquin à la télé. Gabrielle lui tape dans l’oeil. Il la séduit. Lui, il s’amuse, tandis qu’elle devient amoureuse.
Simultanément, Paul Gaudens (Benoît Magimel), jeune héritier d’une riche famille d’industriels, la courtise. D’abord étonnée puis touchée par les élans étranges de cet excentrique qui roule en décapotable et se ronge les ongles, elle accepte de dîner avec lui. Séduite et abandonnée par l’écrivain, Gabrielle Deneige, par dépit, se marie avec Paul, dont la schizophrénie éclate soudain au grand jour, lors d’un gala de charité donné par sa mère (Caroline Silhol) au cours duquel il tue son rival…
La Fille coupée en deux est inspirée, comme souvent chez Claude Chabrol, d’un fait divers réel : l’assassinat en 1906 de Standford White, architecte du Madison Square Garden, par l’époux de sa maîtresse, artiste de music-hall qu’il guigne.
Richard Fleischer avait fidèlement adapté le fait divers dans la Fille sur la balançoire. Claude Chabrol, secondé par sa propre fille, Cécile Maistre, transpose. « Ce fait divers, dit-il, est plus facilement envisageable - et donc transposable - aujourd’hui qu’à l’époque où il s’est déroulé. » L’analyste féroce, sur le mode balzacien, de la bourgeoisie française, lui-même fils d’un pharmacien de la Creuse, situe donc sa fiction à Lyon et sa région, l’un et l’autre renommés pour leur bonne chère.Les rapports de classes régissent le film.
Il y a d’un côté les Gaudens, représentants des possédants pérennes, et de l’autre, les puissants du jour, jouissant du pouvoir temporel ; gens de télévision et d’édition. Entre les deux, Gabrielle, d’extraction petite-bourgeoise dont la mère (Marie Bunel) , libraire, est écartelée.des indices finement disséminés.
Le film s’ouvre sur un générique couleur rouge sang, aux accents lyriques de Puccini sur l’autoradio. Une femme dans une voiture, prénommée Capucine (Mathilda May, mi-ange mi-démon) se rend chez l’écrivain et sa femme. Capucine est-elle l’ancienne ou la nouvelle maîtresse du vieux Don Juan ?
Dès l’arrivée, la luxueuse villa sent le stupre, révélé par petites touches, au fur et à mesure qu’on découvre une maison de verre censée être tournée vers l’extérieur mais qui se révèle truffée de nus peints de dos qui semblent se cabrer sous l’effet de bougeoirs posés exprès à leur côté. Ce décor, en somme, constitue le catalogue des postures sexuelles.Chabrol se garde bien de prendre ouvertement position. À son habitude, il agit en entomologiste, épinglant les comportements à l’aide d’indices allégoriques finement disséminés dans ce récit qui n’a au fond qu’à voir avec le bien et le mal. N’insistons pas sur les prénoms : Gabrielle, l’ange de l’Annonciation au féminin, Marie la mère, pour ne rien dire de ce Charles qui n’a de saint que le nom.
Quant au monde de la télévision qu’effleure Gabrielle, on en voit les coulisses hantées de marionnettes très cathodiques.Chabrol joue avec notre imaginaire comme un vieux chat avec une pelote de laine.
Il filme ses personnages de profil dès lors qu’ils tentent de cacher ce qu’ils savent. Les actes pervers imposés par Charles à Gabrielle ne sont jamais montrés. Chabrol suggère toujours, n’exhibe jamais. Ainsi rien ne transpire des parties fines dans un club huppé fréquenté par les notables de la capitale des Gaules, dont la discrétion est légendaire. En des mains moins artistes, la Fille coupée en deux pourrait être un film pornographique. Ici, la pornographie est dans l’esprit.
Par bonheur, sur le mode poétique d’une morale du sauvetage, le film s’arrête sur l’intégrité paradoxalement retrouvée de Gabrielle, littéralement sciée lors d’une séance de magie orchestrée par son oncle. Comme le dit Claude Chabrol pour éclairer de surcroît cette fable lumineuse sur la grâce perdue et retrouvée à la Hitchcock, « le salut dans un univers truqué ne peut venir que d’un trucage supplémentaire ».
Muriel Steinmetz, l’Humanité
LA FILLE COUPEE EN DEUX
CHABROL DECONSTIPE LE BOURGEOIS
Extrait de l’entretien publié par l’Humanité Dimanche du 09/08/2007
HD -Le titre est une référence directe aux illusionnistes. En quoi est-ce un film sur l’esbroufe et les faux-semblants ?
CC –Dans l’existence, outre la vie réelle, il y a celle qu’on se fabrique pour les autres. Le problème est qu’on vit beaucoup plus sur les apparences que sur la réalité. Comme personnage principal, j’ai choisi une présentatrice de la météo. Elle prédit le temps devant un écran vide. C’est typiquement bidon. Elle est l’expression m^me de cet univers un peur truqué.
HD –L’action se situe dans les coulisses de la télévision…
CC –A de très rares exceptions près tout le monde regarde la télé. Mais peu de gens savent s’en servir. Ce qu’elle nous montre est aussi intéressant que ce qu’elle ne montre pas. Logiquement elle devrait être un miroir de la réalité des choses. Or elle ne l’est que par moments, parfois de manière inattendue.
Par exemple je suis absolument fasciné par « le Maillon faible ». Dans ce jeu, la bêtise humaine ressort d’une manière fantastique. Un type est éliminé pour une veste qui ne plaît pas ou parce qu’il est trop fort. C’est tout de même terrifiant. Mais les infos sont aussi formidables avec leur mépris pour les téléspectateurs à qui on explique des choses qu’ils savent déjà sans leur apprendre ce qui les renseignerait. J’adore la télé à cause de tous ces trucs épatants. C’est une mine d’or…Surtout pour ceux qui la font.
HD –Vous évoquez parfois « la constipation bourgeoise »…
CC –Le bourgeois a tendance à être constipé. Il marche en serrant les fesses tellement il vit des apparences. La bourgeoisie de divise en trois catégories. La petite, la moyenne et la grande bourgeoisie. Les petits-bourgeois veulent donner l’apparence qu’ils font partie de la moyenne, les bourgeois moyens de la grande. Ils ont pour cette raison une vie épouvantable.
HD –Et de quoi rêvent les grands bourgeois ?
CC –Qu’on ne les fasse pas chier. Le plus terrible est qu’ils ne rêvent que d’eux mêmes. A aucun moment, ils ne s’occupent des autres. Leur indifférence est absolument formidable. Il est assez intéressant de voir que, pour montrer leur humanité, ils ouvrent des musées. C’est quand même curieux.
HD –C’est un film qui parle de chair sans être très charnel…
CC –En réalité, c’est un porno ! Simplement, on ne montre pas les choses. C’est mieux de laisser faire l’imagination plutôt que d’imposer ses propres perversions. A un moment donné, je regardais des pornos. J’étais extrêmement étonné de voir le formidable. On voit toujours la même chose. C’est d’un ennui terrible. Quand le sexe est toujours pareil, rien n’est plus ennuyeux au monde.
Le palmarès du 60e Festival de Cannes, proclamé dimanche soir, accompagné des dates de sortie des films en France lorsqu'elles sont déjà connues.
- PALME D’OR
Palme d'or: "4 mois, 3 semaines et 2 jours" du Roumain Cristian Mungiu
On connaît suffisamment le contexte politique du régime de Nicolae Ceaucescu pour que le cinéaste ne s’y attarde pas. L’oeuvre s’ouvre sur un foyer d’étudiants dont l’effervescence cache mal la froideur. Dans une pièce, deux jeunes femmes, Otilia (Anamaria Marinca) et Gabita (Laura Vasiliu), évoquent un départ imminent. Retraite studieuse, week-end de repos ?
Le récit entretient momentanément le mystère par le biais d’une balade virtuose dans l’établissement.
Il sème encore le doute au détour d’une séance d’épilation, de la quête d’un sèche cheveux, d’un paquet de clopes, passeport incontournable pour régler les soucis du quotidien, ou d’une rencontre inopinée avec des chatons qui, après avoir été sevrés au chou, vont découvrir les délices du lait en poudre. Pourtant, cette lutte estudiantine permanente contre la sinistrose, à coups de ciné-clubs improvisés ou de ventes directes dans les chambrées, masque mal la lourdeur de l’atmosphère. Et le secret se révèle enfin. Gabita s’apprête à subir un avortement clandestin.
Néanmoins, c’est dans les pas de sa colocataire que le cinéaste nous entraîne au fil d’une journée éprouvante. Davantage grande soeur qu’amie, Otilia doit en outre endosser un costume de Mère Courage, tout en tentant de réussir sa propre vie de femme. Derrière la relation entre les deux camarades pointe une métaphore sur la société roumaine.
Elle oppose celles qui, privées d’un apprentissage de la réflexion, s’avèrent incapables de se prendre en charge et les autres qui ont su, au prix d’une débrouillardise de tous les instants, dépasser ce handicap. Mais pour l’une et l’autre, le constat est amer. Dans une sordide chambre d’hôtel, tour à tour assises sur la lunette des toilettes, elles ne peuvent que constater qu’elles se sont fait avoir.Le cinéma s’est déjà emparé des faiseuses d’ange.
Une affaire de femmes, de Claude Chabrol, ou plus récemment Vera Drake, de Mike Leigh, les avaient réhabilitées.
Mungiu nous entraîne sur un autre terrain. Ici, l’avorteur est un certain M. Bebe (prodigieux Vlad Ivanov) qui, contrairement à ce qu’indique son patronyme, n’a rien à voir avec un héros de comédie. Et s’il y a des références cinématographiques à chercher, elles sont plutôt du côté de Rosetta, des frères Dardenne, pour la caméra au poing qui s’accroche au corps d’Otilia, protagoniste d’un combat devenu sien.
Le sens du cadre et de la composition des plans amène Mungiu à donner sa vision d’une Roumanie à la corruption institutionnalisée, au marché noir omniprésent et à la police qui régit le quotidien. Jamais les choses ne sont assenées.
C’est une foule devant un magasin d’alimentation qu’on remarque à peine, un vendeur à la sauvette qui zone dans un hall d’hôtel, ou l’image furtive de deux policiers alcoolisés pavoisant avec un réceptionniste.
DE LA JOIE A LA SOUPE A LA GRIMACE
Le cinéaste montre aussi un goût immodéré pour le décalage. Un joyeux repas d’anniversaire, celui de la mère d’Adi (Alex Potocean), petit ami d’Otilia, se transforme en soupe à la grimace après un déballage de condescendance et de bon sens bourgeois dégoulinant de mépris pour les « gens simples ».
Dans cette séquence, la comédienne, mutique, livre là l’un des plus beaux mouvements de sa magnifique partition. Pour le glamour cannois, on repassera.
Délicieuse consolation, il nous reste du grand cinéma.
Michaël Melinard , l’Humanité
LES AUTRES PRIX
- Grand Prix: "La forêt de Mogari" de la Japonaise Naomi Kawase
- Prix du jury: attribué ex-aequo à "Persepolis" des Français Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (sortie en France le 27 juin) et "Lumière silencieuse" du Mexicain Carlos Reygadas (sortie en France en octobre)
- Prix d'interprétation féminine: la Sud-Coréenne Jeon Do-yeon ("Secret Sunshine")
- Prix d'interprétation masculine: le Russe Konstantin Lavronenko ("Le bannissement", sortie en France le 16 janvier 2008)
- Prix de la mise en scène: "Le scaphandre et le papillon", production française réalisée par l'Américain Julian Schnabel (déjà sorti en salles)
- Prix du scénario: "De l'autre côté" du Germano-Turc Fatih Akin (sortie en France le 14 novembre)
- Prix du 60e anniversaire: "Paranoid Park" de l'Américain Gus Van Sant (sortie en France le 5 septembre)
- Palme d'or du court-métrage: "Voir pleuvoir" de la Mexicaine Elisa Miller- Caméra d'or: "Les méduses" de l'Israélien Etgar Keret